
Tout d'abord il faut connaitre les raisons de ce boycott depuis 2003. Les italiens qui commencèrent ce boycott voulait que leur cadre environnemental du Val di Susa soit respécté. C'est d'ailleurs cette année que le mouvement NO-TAV fait ses premiers pas.
Le NO TAV est un mouvement populaire nimbyste du Val di Susa de protestation contre le projet de construction de la nouvelle ligne à grande vitesse Lyon-Turin. Des mouvements de contestation analogues étaient apparus au début des années 1990 entre Florence, Bologne et Rome et à la suite des contestations dans la vallée de Suse, tous les mouvements NO TAV nationaux ont bénéficié d'une fenêtre médiatique pour exposer leurs propres problèmes.
Dans ce paragraphe nous allons voir le "Curriculum Vitae" du NO-TAV.
Les plus importantes manifestations contre le TGV se sont tenues le 31 mai 2003 avec une marche de Borgone Susa à Bussoleno et le 4 juin 2005 avec autre une marche de Suse à Venaus rassemblant des dizaines de milliers de participants.
Le soir du 5 novembre 2005 a été organisée une retraite aux flambeaux de Suse à Mompantero avec environ 15 000 participants.
Le 16 novembre il y eut encore une marche de Bussoleno à Suse avec environ 50 000 participants.
Des occupations permanentes des lieux ont été organisées à Bruzolo et Borgone Susa, là où devaient commencer les premiers sondages en 2005 ainsi qu’à Venaus où devrait commencer la galerie de reconnaissance géologique (qui sera transformée par la suite en galerie de service) du tunnel de base.

Au début du mois de novembre 2005, une foreuse a été installée dans le territoire de Mompantero. Pour l'expropriation des terrains, il a fallu l'intervention des forces de l'ordre, à cause de la ferme opposition des membres du mouvement NO TAV, des maires et des citoyens.
Ce qu'il faut se poser comme question, c'est pourquoi de telles manifestations existent depuis lors dans le Val di Susa?
Différentes raisons expliquent ces contestations :
- Compte tenu de la durée des travaux (estimée à au moins 12 ans), on peut prévoir, en transit par les routes de la vallée, un grand nombre de poids lourds nécessaires pour le transport d'environ 16 millions de m³ de matériaux extraits pour le creusement du tunnel et donc par la même occasion des bouchons de taille consequente dans les tunnels du Fréjus...
- La probabilité existe que les montagnes du Val de Suse, qui devraient être traversées par de longs tunnels, soient formées de roches pouvant contenir de l’amiante et de l'uranium. Les opposants au creusement craignent que, à l’occasion des travaux et du transport des matériaux, ces substances puissent se répandre dans l'environnement, même dans des conditions atmosphériques ordinaires, jusqu'à la banlieue de Turin.
Ce point est toutefois très controversé en ce sens que d'un côté les manifestants s'opposent même aux carottages nécessaires à l'étude des caractéristiques géologiques des montagnes concernées, et de l'autre ils échafaudent des scénarios mal établis scientifiquement (en effet tant l'uranium que l'amiante sont dangereux en cas d'inhalation et pour l'amiante il n'existe pas de seuil minimum, c’est pourquoi même une seule fibre inhalée peut provoquer un mésothéliome). Il faut rappeler que la concentration de cette substance est considérée comme l’une des causes d'un taux élevé de malformations et maladies diverses qui ont touché en particulier la population du Val de Suse, bien que cela n’a pas encore été démontré scientifiquement.
- Selon une étude effectuée par le groupe NO TAV, il apparaîtrait que son utilisation équivaudrait à celle de la ligne historique, sauf qu’il faudrait amortir sur de nombreuses années les dettes nées de sa construction (les coûts dépasseraient en fait les bénéfices possibles pendant de nombreuses années).
Il serait donc plus économique d'aménager la ligne classique que de construire une nouvelle ligne à double voie.
- Il y aurait des risques de débordement de la Doire Ripaire dus aux travaux dans la zone et divers problèmes hydrauliques à cause des excavations.
- La construction d’une nouvelle ligne électrique (beaucoup plus importante que celle existante, qui avait déjà dans le passé été la cause d’un certain mécontentement de la population du Val de Suse) s’intègrerait mal dans la région traversée (dans laquelle se trouve aussi un château – sans parler à nouveau des problèmes d’ordre géologique).
- Problèmes concernant les nuisances acoustiques déjà rencontrées pour la ligne à grande vitesse du centre de l’Italie, aggravées du fait de la configuration locale (une vallée entourée de hautes montagnes).
- Les tunnels projetés auront des dizaines de kilomètres de long et en cas d’accidents ou de problèmes techniques, il est probable, vu ce qui s’est produit dans les autres tunnels alpins, que se produiront des situations d’urgence particulièrement difficiles à gérer (selon certains totalement ingérables).
- Si l’entretien des lignes actuelles par les chemins de fer italiens laisse à désirer, il est à présumer que la ligne à grande vitesse connaîtra le même destin, et pour cette raison les NO TAV réclament, au lieu de la construction d’une nouvelle ligne, l'entretien et pourquoi pas l'amélioration de la ligne existante.
L'opinion publique et le monde politique sont perplexes à propos de ces manifestations : les uns appuient les contestataires, les autres les critiquent soutenant qu'il s'agit de manifestations typique du "syndrome du NIMBY (syndrome dû à l'inhalation de l'amiante)".
Ces travaux sont importants pour le développement des infrastructures de transport italiennes et européennes, mais si les objections émises étaient fondées, les NO TAV demandent s’il n’y aurait pas lieu de mettre la santé publique et l'environnement au dessus d’un développement technologique inconditionnel.
Pour ce qui concerne le côté français, les manifestations sont moins virulantes car les français sont moins concernés par les problèmes qu'engendreraient les travaux du TGV Lyon-Turin et sa circulation à la fin de ceux-ci.
Je n'ai donc pu trouver que peu d'éléments sur le sujet.
J'ai principalement trouvé des élements à propos d'une manifestation à Chambery qui s'est déroulée le samedi 7 janvier 2006.

Une manifestation bilingue de 5000 personnes a parcouru le centre-ville de Chambéry dans tous les sens. La banderole de tête, « Non au TGV Lyon-Turin, logique de profit, logique de mort », était portée par le collectif Rhônalpin contre le Lyon-Turin, et ouvrait un bal d’autres slogans et de drapeaux « No TAV » (« non au TGV » en italien) rouges et blancs.
La distribution d’information (ainsi que de panettone, ou encore de mousseux) a donc abondamment continué dans les rues de Chambéry, alors que les passant-e-s découvraient l’ampleur et l’enthousiasme de la révolte de leurs voisin-e-s, aux sons des chants alpins ou partisans, des fanfares et des batookadas. Rappelons que le maire de Chambéry, Louis Besson, est co-président de la commission inter-gouvernementale sur le Lyon-Turin, et que c’est dans la capitale savoyarde que siège la société d’exploitation « Lyon-Turin Ferroviaire ».
A 18h, un long débat a démarré dans la salle Pierre Cot. Le collectif Rhônalpin contre le Lyon-Turin commençait par s’y présenter. Il a présenté ensuite les motifs de son opposition au projet, suivi d’intervenants italiens (parmi lesquels Luca Mercalli, présentateur météo sur Rai Tre) qui ont transmis en français leurs arguments techniques.
De nombreuses prises de parole, françaises ou italiennes, ont évoqué entre autres les principes de décroissance, les coûts écologiques gigantesques du chantier, les surestimations de l’augmentation du trafic France-Italie, les liens entre le projet de TGV et celui de Sillon Alpin, la répression en Italie contre le mouvement No Tav, la tradition du mouvement ouvrier en val de Suse, l’expérience acquise par cette lutte en termes d’auto-organisation, etc…
La discussion s’est terminée à 22h avec des perspectives de lutte ensemble des deux côtés de la frontière, et l’espoir, côté français, que cette journée puisse donner de la force aux dissidences face au faux discours écologique du Lyon-Turin.
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